L’île Perrot et sa première église

Église Sainte-Jeanne-de-Chantal

Concédée à François-Marie Perrot par Jean Talon le 29 octobre 1672, l’île Perrot est à un carrefour de routes d’eau. Au confluent de la rivière des Outaouais et du Saint-Laurent, l’île baigne à la fois dans le lac Saint-Louis et le lac des Deux-Montagnes. Ce qui a longtemps posé problème au plan de l’appartenance à une juridiction paroissiale, les habitants et leur pasteur devant se déplacer la plupart du temps en canot pour les offices religieux.

De 1672 à 1721, les insulaires relevaient de la paroisse de Pointe-Claire. Mais la chapelle de la paroisse de Sainte-Anne du Bout (Sainte-Anne-de-Bellevue aujourd’hui) étant plus proche, les habitants s’y firent baptiser, marier et enterrer en grand nombre.

Église Sainte-Jeanne-de-Chantal

Lors d’une enquête menée en 1721 par Benoit-Mathieu Collet, procureur général du Conseil Supérieur, on apprend que 10 chefs de famille dépendent de Pointe-Claire et que 14 autres relèvent de Sainte-Anne du Bout. Il note également qu’il y a un domaine, appartenant à Alexis Trottier-Desruisseaux, où il y a un fermier, sans en préciser la juridiction.

La population augmente avec les naissances et la seigneuresse Françoise Cuillerier, veuve de Joseph Trottier-Desruisseaux, encourage, en 1740, la construction d’une petite chapelle sur son domaine à la pointe du Moulin. Trois ans plus tard, elle donne aux représentants des habitants, les syndics, un terrain de 3 arpents, sur lequel est construite la chapelle, ainsi qu’un autre terrain de 60 arpents dans le but d’assurer des revenus au futur curé.

Église Sainte-Jeanne-de-Chantal

En 1753, la chapelle étant trop petite et trop éloignée de la population, le seigneur Jean-Baptiste Leduc, gendre et successeur de Françoise Cuillerier, procède à un échange de terrain avec la Fabrique qui n’a toujours pas recruté de curé. Il donne un terrain d’un arpent et demi de largeur sur 20 arpents de profondeur à l’endroit où se situe l’actuelle église Sainte-Jeanne-de-Chantal.

À compter de 1763, les 298 habitants de l’île Perrot relèvent de la paroisse Saint-Joseph de Soulanges (Les Cèdres) et malgré leur impatience, ce n’est qu’en 1773 que seront entrepris les travaux de construction de l’église qui seront terminés en août 1774.

Église Sainte-Jeanne-de-Chantal

Mais la paroisse n’a toujours pas de curé résidant. L’abbé Pierre Denaut, curé à Saint-Joseph de Soulanges, continue à assurer périodiquement le service dominical à l’église et ouvre les registres de la paroisse en décembre 1785. Le curé Cazeneuve, nommé en 1789, sera le premier curé à vivre en permanence dans l’île.

Au fil du temps, les « syndics » ou représentants des habitants qui administrent les biens de la paroisse naissante, font l’acquisition de mobilier, de toiles et de vases sacrés.

En 1812, l’église est agrandie avec l’ajout de deux transepts, du chœur surélevé et de la sacristie. Débutent alors les travaux de sculpture sur bois réalisés de 1812 à 1819 par Joseph Turcaut et de 1828 à 1820 par Louis-Xavier Leprohon. En 1852, le feu détruit la sacristie qui est reconstruite l’année suivante. La foudre frappe le clocher en 1863. Ce n’est que deux ans plus tard qu’il sera réparé en même temps que le toit. La façade et le clocher seront refaits en 1901. De nouvelles cloches seront installées en 1925. Ce seront là les derniers changements apparents à l’édifice que nous connaissons. L’église est classée monument historique en 1961 pour son ancienneté et la richesse de son ornementation intérieure.